Lauréates 2015

Les lauréats du Prix franco-allemand pour la littérature de jeunesse 2015 sont Matze Döbele côté allemand et Emmanuel Bourdier et Zaü côté français.

Le Prix a été décerné pour la troisième fois le 22 mai 2015 à Sarrebruck. Sous le patronage de Mme Monika Grütters, chargée de la culture et des médias par le gouvernement fédéral et de S.E. Philippe Etienne, ambassadeur de France à Berlin, le Prix a été remis – cette année dans la catégorie album illustré – lors du 15ème Salon Européen du Livre de Jeunesse par Annegret Kramp-Karrenbauer Ministre-présidente du Land de Sarre et Frédéric Journeau Consul général de France en Allemagne.

 

 

Programme de la remise de prix  

 


Matze Döbele

Konrads Schatten

kunstanstifter verlag | à partir de 8 ans

 

Matze Döbele

matze doebele KonradsSchatten 2015

« Ce n’est pas Konrad qui fait des bêtises – son ombre est très active… A travers la mise en page variable, les mimiques des personnages et une gestuelle claire, Döbele met en avant les facéties de l’ombre, le pittoresque est tangible et néanmoins empreint de légèreté. Dans la représentation du combat de Konrad avec son ombre, Döbele joue avec la typographie, supprime l’ombre en éliminant la lumière. La parabole montre qu’il n’y a pas que pour Konrad que l’ombre peut avoir des effets bénéfiques. »

Laudatio | Dr. Stefan Hauck

» Stunden, wo der Unsinn waltet,
sind so selten, stört sie nie!
Schöner Unsinn, glaubt mir, Kinder,
er gehört zur Poesie. «,

heißt es 1867 in den »Bardenklängen aus Deutschlands Wehmutsschachtel«. Unsinn machen gehört zur Kindheit, Unsinn macht Sinn, und die große Kunst von Illustratoren besteht darin, den Text nicht 1:1 abzubilden, sondern ihn auf den Prüfstand zu stellen, neben ihm her weitere Geschichten zu erzählen und die Möglichkeiten des Was-wäre-wenn auszuloten. Das gelingt allen Nominierten des diesjährigen Deutsch-Französischen Jugendliteraturpreises in herausragender Weise, und einer von ihnen lehrt uns, unseren gewohnten Perspektiven zu misstrauen. Weil nichts ist, wie es scheint und man noch nicht einmal sich selbst trauen kann, wie Matze Döbele in »Konrads Schatten« zeigt.

In der Ouvertüre pfeift es. Wer pfeift? Der Junge hebt beschwichtigend die Schultern, streckt entwaffnend die Hände entgegen: Tschuldigung, ich war’s nicht – während sein Schatten ihm mit dem Symbol der manu cornuto zum Gehörnten macht. Überhaupt macht dieser Schatten, was er will: Knotet dem Lehrer die Schnürsenkel zusammen – Detailaufnahme, fast so, als hätten wir als Zuschauer Einblick in das tatsächliche Geschehen –, lässt den Papagei von Frau Schulze frei – eine die Weite der Welt andeutende Hafenszene –, befreit im Panoramabild des Jahrmarkts die Luftballons, provoziert andere: Ätsch-bätsch! Mit kräftigem pastosem Strich setzt Döbele, der schon 2009 in der Illustratorenschau der Internationalen Jugendbuchmesse Bologna sein Können zeigen durfte, die Handlung in Szene, man spürt die erdschwere Stofflichkeit der Farben. Der Betrachter sieht stets, dass Konrad gar nicht der Handelnde ist: unmöglich. Aber wer täuscht hier wen? Der Schatten Konrad? Konrad uns als Betrachter? Sind Konrad und sein Schatten Komplizen?

Verortet in einer Kindheit, wo Lehrer noch Anzüge und Krawatte und Kinder kurze Stoffhosen und Kniestrümpfe ohne Gummizug trugen, offenbart Döbele, der in Hamburg Illustration studiert hat, die Seelennöte des Heranwachsenden. Wir spüren: Dieser Schatten ist alter ego, wilder, ungestümer Teil von Konrad, den der Junge zu domestizieren versucht. Wie im Western-High-Noon stehen sich die beiden im Duell dramatisch gegenüber, und wer diese Schere als Waffe sieht, erkennt unschwer die Schere des Schneiders aus Heinrich Hoffmanns »Konrad, sprach die Frau Mama«... Anders als in dem Klassiker geht es Döbele aber nicht um angsteinflößende Pädagogik, nein, der 1975 in Zell im Wiesental geborene Illustrator hält es da eher mit seinem berühmten Nachbarn, dem in Hausen in Wiesenthal geborenen Johann Peter Hebel, der den Leser durch kluge Bilder und spannende Geschichten zum Nachdenken brachte.

So sehen wir mit Vergnügen zu, wie Konrad versucht, seinen Schatten verschwinden zu lassen durch Überstreichen, Anbrüllen, Verstecken, und Kinder fallen an dieser Stelle noch eine Menge an Möglichkeiten des Verschwindens ein. Allerdings: Nichts hilft.

Nur die Taschenlampe verspricht Rettung: Der Schatten ist bei starkem Licht nicht mehr sichtbar. Aber ist er auch nicht mehr da? Vielleicht ist es also nur eine Frage der Sichtweise, wer was sieht. Denn ohne seinen Schatten ist Konrad zum Umfallen nett.

Aber Döbele will kein Heiterkeitsbuch. In einem an Filmsequenzen erinnernden Finale mit raschen Perspektivwechseln erleben wir die Bedrohung des Jungen durch wütende Hunde und das überraschende Eingreifen seines Schattens: Versöhnlich, wenn sich die widerstreitenden Teile des Jungen nun vereinen. »Merke:«, würde Hebel sagen, »Sinn und Unsinn gehören zusammen.« Zum Glück!, sagen wir als Betrachter.

Le jury 2015

Nicola BARDOLA | München

Géraldine ELSCHNER | Heidelberg

Isabelle ENDERLEIN | Berlin

Germaine GOETZINGER | Luxemburg

Alfred GULDEN | Saarlouis, München

Dr. Stefan HAUCK | Frankfurt

Charlotte LARAT | Strasbourg

Mathilde LÉVÊQUE | Paris

Alexandra RAK | Frankfurt

 

Mehr Informationen zur Jury  

 

Zaü & Emmanuel Bourdier

Les jours noisette

Utopique | à partir de 8 ans

 

Emmanuel Bourdier

Zaü

zaue Haselnusstage 2015

« Un sujet que l’on a vu rarement dans les albums, avec un effet de surprise : on comprend seulement à la fin de quoi il est question exactement, qui est ce père étrange et pourquoi la relation entre le fils et le père est-elle aussi ambiguë, faite à la fois d’amour et de crainte. Beaucoup de pudeur dans le récit comme dans les images, un récit à hauteur d’enfant sans mièvrerie. »

Laudatio | Charlotte Larat

Tout commence par la fascination

Et si ce livre nous a fascinés et convaincus, c’est parce qu’il parle des grandes émotions et que dans cet album, elles sont représentées comme les gros plans du cinéma.

L’histoire se lit au début comme une simple rencontre en famille, principalement entre un père et son fils, mais prend une tournure tout à fait inattendue. Ses multiples petits détails nous racontent une relation particulière entre un fils et son père qui est en prison.

C’est une histoire qui oscille en permanence entre sentiment de distance et de proximité, à cause des impressions et émotions qu’elle arrive à partager avec lecteur.

Comme les odeurs notamment
Au début, le visage du père rayonne de joie quand il voit son fils.
Le fils par contre n’aime pas du tout l’odeur de son père, son parfum de menthe. Il préfère quand cela sent la noisette parce que cela lui rappelle la forêt.
Le père répond que s’il portait un parfum à la noisette, il risquerait d’être attaqué par un troupeau d’écureuils.
Un troupeau d’écureuils s’interroge le fils?
Comment son père pourrait-il avoir peur à cause de ces petits animaux farouches?
Ce père – qui est très, très fort et très drôle et ressemble à un ours?

Il y a aussi le sentiment de colère
Attention, son père est capable de piquer une sacré colère à cause d’un paquet de cigarettes écrasé ou parce que le bulletin scolaire de son fils ne montre pas les résultats attendus. Attention, cette colère est sans bruit, sans mots, juste avec des yeux rouges et des poings blancs, une colère silencieuse.

Et puis il y a le thème des mots qui sauvent
Quel soulagement pour le fils d’avoir enfin trouvé les bonnes réponses à servir à tous les copains dans la cour de recrée, eux qui demandent sans cesse le métier de son père. Le temps de la solitude est enfin passé grâce aux mots qui sauvent, ces mots nés de son imagination.
Le métier de mon père?
Les réponses sonnent comme des formules magiques :
- Il est sculpteur de nuages, dresseur de taupes, inventeur de gros mots.
Ce sont ces mots viennent d’un monde imaginaire qui permettent au garçon de répondre à ses copains.

N’empêche qu’il connait également très bien les autres métiers de son père et sait parfaitement les énumérer :
- Créateur de vide, roi des fantômes et fabricant de buée ...

Vous l’aurez compris, cet album raconte comment un garçon apprend à donner des noms à ce qui est lourd à porter et à ce qui le rend triste. Ce sont des formules magiques qui font qu’il se sent moins oppressé.

À propos – Celui qui semble le plus oppressé, c’est le père, comme le découvre le lecteur, quand le fils imagine :
„Un jour, on fera la course pour savoir qui court le plus vite et je gagnerai.
Lui, il sera bien trop vieux pour espérer me rattraper.“

On devine que le père vit dans un espace réduit, et qu’il n’a pas la place de courir. Et c’est aussi évident qu’il faudra attendre encore longtemps avant que ce moment ne vienne où le père et le fils pourront faire la course ensemble.
En quelques mots, c’est toute la réalité de la peine de prison qui se trouve résumée.

Mais heureusement, il y a aussi la complicité
Non, ce n’est pas un hasard si mère et fils ont nommé le père „ours de cavernes“ pour éviter le mot „papa“ ...
Dans la tendresse qui se lit sur les visages et dans les regards attentifs de la mère et du fils se reflètent leur complicité face à cette situation particulière.
Pendant les orages, quand la mère a peur du tonnerre et quand elle chante.

Mais tout d’un coup la tête de la mère se détourne brusquement, parce qu’il y a comme de la buée dans ses yeux, et ça c’est la raison pour laquelle le fils se met à détester son père – à cause de cette innommable tristesse.

Mais malgré tout cela: Ce père est très fort et très drôle et son fils veut devenir comme lui.

C’est en imitant un oiseau qu’il explique sa philosophie de vie :
„Il suffit de savoir écouter, de savoir regarder.“
Son fils ajoutera „il suffit de parler“.

Pourtant ce n’est pas le pinson du square qui apparait, mais un oiseau gros, moche et cynique qui met fin à la visite : le gardien de la prison avec le sifflet autour du cou, et qui sort ses clefs.

Le garçon a grandi.
Cette fois-ci il ne va pas pleurer, cette fois-ci il sentira l’odeur du père lui-même, sous l’odeur de la menthe. L’odeur qui est propre à son père, pas l’odeur de la prison, ni des murs sales, ni de la cigarette.

Comment garder cette odeur toute une semaine, jusqu’à la prochaine visite?
Le garçon veut même apporter un gros paquet de noisettes – pour apprivoiser des émotions douces – douces comme un troupeau d’écureuils.

Mesdames et messieurs, voilà l’album étonnant et émouvant pour toute la famille que nous avons voulu récompenser avec ce prix.
Il est paru chez UTOPIQUE, une maison d’édition qui a pour but, je cite, “de semer des graines, d’emmener les lecteurs en promenade hors des sentiers battus, de traiter des sujets peu abordés dans la littérature jeunesse, avec pour objectif de renforcer les liens entre les générations, et surtout de libérer la parole.“

L’auteur Emmanuel Bourdier aime la musique et le théâtre. Il est enseignant et pendant les vacances il écrit des livres pour la jeunesse, pour une jeunesse, comme il l’espère, sans limite d’âge.
L’illustrateur ZAÜ a également déjà publié beaucoup de livres et récolte ses inspirations pendant ses nombreux voyages.

Le jury français a sélectionné cet album parce qu’Emmanuel Bourdier, ZAÜ et les éditeurs de la maison d’édition UTOPIQUE nous montrent avec talent qu’il est possible de parler de tout dans un livre pour enfants et ils le font avec beaucoup de sensibilité et de finesse. – Merci à eux et bravo pour cet album !

Le jury 2015

Nicola BARDOLA | München

Géraldine ELSCHNER | Heidelberg

Isabelle ENDERLEIN | Berlin

Germaine GOETZINGER | Luxemburg

Alfred GULDEN | Saarlouis, München

Dr. Stefan HAUCK | Frankfurt

Charlotte LARAT | Strasbourg

Mathilde LÉVÊQUE | Paris

Alexandra RAK | Frankfurt

 

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